Histoire de la station balnéaire de Villers

La station balnéaire de Villers date de la vogue des bains de mer qui déferla en France au Second Empire (1852-1870), consécutive à un mieux-être économique résultant des grands progrès industriels de cette époque.

C’est le début d’une soif d’évasion de la société française, riches d’abord, puis petit à petit le plus grand nombre, vers des plaisirs nouveaux et aussi plus lointains, permis par les progrès techniques en particulier le développement des transports ferroviaires.
Nombre de grands peintres du « Mouvement Impressionniste » né à la même époque, célébré aujourd’hui dans le monde entier et par la Normandie en particulier qui en fut en grande partie le berceau, ont peint à cette époque notre littoral, ses ports, ses scènes de plage, ses maisons …


Gustave CAILLEBOTTE – Villa à Villers/Mer 1880

Ainsi Villers/mer a fêté en 2006 le 150ème anniversaire de sa station (1856/2006)

(Voir Lettre de Villers n°95)

Il faut rappeler qu’auparavant la mer n’attirait guère, hormis pour les ports dédiés à la pêche ou à la navigation militaire ou marchande.
Même les communes du littoral essentiellement agricoles lui tournaient le dos et cherchaient à assécher leurs marais pour les rendre cultivables.

Quelques ports naturels ayant développé depuis des siècles une réelle économie locale furent les premiers à devenir dans cette 2ème moitié du 19ème siècle de grandes stations balnéaires. A titre d’exemple citons Nice (24 117 habitants en 1793344 000 en 2014), Saint-Malo (10 730 habitants en 1793, 45 980 en 2014), Trouville sur la Côte Fleurie à une échelle plus modeste (973 habitants en 1793, 4708 en 2014) …

Mais l’engouement fut tel que ces ports ne suffirent plus à satisfaire seuls la demande de bains de mer. De nombreux hommes d’affaire, promoteurs, entrepreneurs, banquiers créèrent alors de toutes pièces, à une distance raisonnable des grandes villes, sur la base de simples hameaux côtiers disposant de belles plages, des stations balnéaires comme par exemple :
– sur la Côte d’Opale Le Touquet-Paris-Plage,
– sur la Côte d’Albâtre Le Tréport,
– sur la Côte Fleurie Cabourg (165 habitants en 1793, 3673 en 2014),  Villers-sur-Mer (186 habitants en 1793, 2739 en 2014), Deauville (96 habitants en 1793, 3725 en 2014) qui doit sa réussite exceptionnelle au Duc de Morny beau-frère de Napoléon III qui y amena en 1863 le chemin de fer depuis la Gare St-Lazare, et y lança de très importants investissements tels les 2 hippodromes, le grand Casino…
– sur la Côte d’Argent dans le sud-ouest Arcachon sur le bassin du même nom près de Bordeaux (736 habitants en 1793, 10 370 en 2014), où les banquiers Péreire créent de toute pièce une station balnéaire pour personnes souffrant d’affections pulmonaires

La Gare de Villers … Souvenirs !

Villers est donc une de ces pures créations balnéaires, dont deux hommes furent à l’origine les promoteurs : l’architecte parisien Félix PIGEORY qui acheta et lotit la partie de la falaise proche de l’église, y aménageant sa  villa «Les Bosquets», et Pierre PITRE-CHEVALIER, directeur du Figaro, qui y construisit sa villa «Durenne» (Actuel Office du Tourisme).

Il n’y avait jamais eu auparavant à Villers de population locale importante, ni après les invasions vikings en Normandie au 9ème siècle, ni plus tard au Moyen-Age. Villers/Mer n’avait toujours été qu’un hameau de peu d’habitants et de peu de ressources locales, vivant entre marécages et falaise, d’agriculture et d’un peu de pêche.

Villers est devenue aujourd’hui une commune de dimension respectable (2800 habitants) se développant autour d’une mono-activité d’acteur de loisirs balnéaires et touristiques. Mais sa croissance démographique reste tributaire du tourisme en l’absence d’activités économiques nouvelles.

Sa population composite, typique d’une station balnéaire, voit de nombreux résidents secondaires retraités venir s’ajouter aux retraités de la population locale, posant la question de l’avenir de ses jeunes et de son propre avenir.

admin@villers-mer-avenir.com

Les débuts de la station balnéaire

Le grand archéologue Arcisse de CAUMONT, fondateur en 1834 de la Société d’Archéologie Française, décrit dans le volume IV de sa «Statistique Monumentale du Calvados» (Monumentale signifiant « des Monuments ») paru en 1862, le tout début de la station balnéaire de Villers :

« Le village de Villers est situé tout près de la mer, à l’extrémité d’une large vallée que dominent de hautes falaises. Il se compose d’une agglomération de modestes chaumières au milieu desquelles se trouve l’église».  Il décrit ensuite cette église (avec dessins à l’appui) en précisant que sa nef remonte au XIème siècle et le chœur au XIIIème…

Tour de l’Eglise primitive (11è siècle)

Vous l’aurez compris, il ne s’agit nullement de l’église actuelle de Villers ! En effet 10 ans après la parution de cette « Statistique monumentale » de Mr De Caumont, il sera décidé en 1872 par la Commune de Villers, confrontée à l’affluence massive de nouveaux résidents, de construire en lieu et place de l’ancienne église une église néogothique de plus grande dimension.

Mr de Caumont quoique venu à Villers/Mer pour étudier et répertorier les monuments de Villers-sur-mer, ne pouvait s’empêcher de noter, en observateur, la mutation « enchanteresse » en cours depuis peu à Villers :

« Entre ce village et la mer se sont élevées comme par enchantement, depuis quelques années, de nombreuses villas destinées aux baigneurs, parmi lesquelles on distingue celle de Mr Pitre-Chevalier…  Mr Pigeory, architecte de Paris, propriétaire d’une grande partie des terrains qui bordent la plage, a fait tracer plusieurs rues et élever un casino. Déjà de nombreuses sociétés s’établissent à Villers pendant les beaux jours de l’été, et ce nombre tend à s’accroître chaque année. De la terrasse du casino, au pied de laquelle sont construites des cabanes en bois pour les baigneurs, on jouit d’une vue délicieuse sur la mer ; au nord apparaît le cap de la Hève (Le Havre) qui commande l’embouchure de la Seine ».

Puis A. de Caumont venu à Villers pour en répertorier les monuments terminait son « étude monumentale » de Villers/Mer avec une description très précise du Château seigneurial de Villers qu’il date du XVIIème siècle.

Le Château de Villers (17ème siècle)